Sans lendemain

Jake Hinkson

2' de lecture

Une petite perle qui vous renvoie avec délectation et subtilité vers les rivages du noir, du vrai, du traditionnel, celui des films noirs des années 40-50 et des tragédies inéluctables d’un être humain entrainé vers sa perte par un engrenage irréversible dont le moteur initial est l’amour.

Il y a un peu du Facteur sonne toujours deux fois de James Cain dans ce roman, si ce n’est que l’amour adultère est ici entre deux femmes dans une Amérique du sud profond des années 40, déjà puritaine à outrance. Billie Dixon, revenue du rêve hollywoodien, parcours les bleds paumés de l’Arkansas pour fourguer des films de série B et a le malheur d’arriver à Stock’s Settlement et de croiser la belle Amberly, la femme du pasteur. Et là, entre deux regards, deux affleurements, la machine infernale menant Billie à sa perte va se mettre en marche. Etre femme et de surcroit homosexuelle est plus q’une tare, un péché, une abomination, une œuvre du diable pour ces rednecks1, murés dans leurs certitudes et leurs hypocrisies.

Jake Hinkson, avec talent et finesse, distille ici tous les ingrédients d’un superbe polar, atmosphère trouble et un brin malsaine, personnages attachants et ambivalents, contexte historique et social, avec le Maccarthisme, la ruée vers l’eldorado californien, la condition de la femme et réussit même un hommage aux classiques du genre avec notamment un clin d’œil à l’Elisabeth Short de James Ellroy.

A lire d’une traite pour le plaisir d’une écriture intelligente, subtile et fine, pour se replonger dans l’atmosphère des films noirs, pour les réflexions sur la condition féminine et sur la religion et la foi en Dieu.


  1. Littéralement nuque rouge , c’est le stéréotype du plouc du sud profond des Etats-Unis , de la classe populaire rurale américaine, souvent antipathique, renfermé, chauvin et conservateur, sa religion se partage entre le bon Dieu et les saints USA. Figure souvent inquiétante et violente, difficile à raisonner, fanatique et sur de son bon droit, avec comme paroxysme le crétin congenital. [return]
Toutes blessent la dernière tue