L’évangile du billet vert

Larry Beinhart

4' de lecture

Très savoureux polar qui nous ramène dans l’Amérique de George Doubleiou, où la guerre du Bien contre le Mal autorise presque tout au nom de la sureté de l’Etat, où les certitudes inébranlables conduisent aux pires infamies, où les bigots ont pris le pouvoir d’une société qui semblait avoir perdu le peu d’intelligence qui lui restait, à l’image de son ancien Président. Mais rassurons-nous, au pays de la bannière étoilée, comme celui du Polar, l’argent et le billet vert restent le vrai moteur des protagonistes, d’autant qu’ici nous pénétrons avec délice et effroi dans le monde, merveilleux en façade, des évangélistes américains. Et Dieu que cette plongée est a la fois fascinante et instructive !

Le livre aurait pu être un polar de plus traitant des manigances et manipulations de politiciens véreux, des penchants des puissants pour le sexe facile, de la corruption et de l’appât du gain, de cette fascinante attraction que peut exercer le billet vert sur tout américain moyen, sur la quête de rédemption sans cesse renouvelée de tout bon flic (ou ex flic) qui se respecte. Le livre de Larry Beinhart comporte évidemment tout cela,mais ce qui fait son sel, c’est le contexte à la fois politique (l’Amérique post 11 Septembre, conservatrice d’extrême droite, bigote, illuminée et debout aveuglement derrière son Croisé en Chef cultivant sa haine du Mal en la personne de l’islam) et sociétal avec le monde si typiquement américain des télévangélistes et prédicateurs et de leur monde fait de publicité, de communication, de marketing et in fine de gros sous. Commet appliquer savamment les préceptes de toute bonne Business School au marché de la religion pour mieux endormir ses paroissiens et leur soutirer et leurs âmes et leur portefeuilles.

Pour couronner le tout, on a droit à Carl, un détective privé, ex-flic, ex alcoolique, ex presque corrompu, ex presque désabusé (ce qui somme toute est assez banal pour un personnage de polar) mais qui, Oh ! Miracle, est revenu dans le droit chemin grâce à la foi, la sienne, celle de sa femme, pilier de la Congrégation et fervente croyante, qui va à la messe tous les dimanches et qui est devenu un vrai chrétien radical (ce qui est déjà beaucoup moins banal). Si tout commence par le meurtre d’un prof de philosophie qui a commis un bouquin prouvant l’inexistence de Dieu et l’arrestation d’un étudiant arabe (évidemment), les choses deviennent vite moins évidentes que ce qu’elles veulent bien paraitre et voila que petit à petit le doute (quelle hérésie !) s’immisce dans l’esprit de notre ex-flic devenu détective privé (esprit pourtant longtemps verrouillé par les sermons aussi efficaces que flamboyant du prédicateur Pat Plowright, au centre de toutes les polémiques). Le livre est talentueux, plein de suspens, haletant avec quelques parenthèses instructives sur la religion et ses méga-églises (vu des US), sur l’art de la manipulation et la faiblesse des gens. Il reste néanmoins un vrai bon polar, très bon polar qui, malgré sa charge sur le monde des prédicateurs et de l’Amérique Bushienne, garde de l’humour et une empathie certaine pour l’Amérique qui malgré ses travers garde son aura.

Dans la compréhension de ce phénomène, lisez La Pensée Enchainée de Susan Georges (paru en 2007) qui dépeint la main mise d’une minorité d’extrême droite riche et militante sur le conservatisme américain qui va faire de cette idéologie, l’idée la plus partagée au Etats-Unis. Certes c’était à l’époque des années Bush et malgré l’élection de Barack Obama depuis, cette idéologie a survécu et prospéré avec l’élection de l’improbable Donald Trump

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