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la trilogie berlinoise

la trilogie berlinoise

Philip Kerr

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Phil Marlowe chez les Nazis !! Ou comment transposer l’univers des Etats Unis des années 30 à celui de la montée du nazisme dans une Allemagne qui prépare les Jeux Olympiques de 1936. Un sentiment très partagé prévaut à la lecture de ces trois romans, car voire déambuler un détective privé, ancien membre de la Kripo, aux détours de son enquête en y croisant des figures historiques nazies plus que tristement connues, telles Heydrich, Himmler ou encore Goering, et en voyant l’Histoire s’écrire au jour le jour (et quelle Histoire !) est une expérience aussi rare qu’envoûtante. Car la réussite de cette trilogie est bien de mêler le quotidien du détective aux tourments de cette époque avec une puissance évocatrice aussi glaçante qu’efficace. D’ailleurs, la transformation de Bernie Gunther au fil de ces 3 romans est le reflet même de la grandeur supposée de l’Allemagne hitlérienne des Jeux de 1936 et de sa décadence et ses décombres post défaite en 1947, avec ses bassesses, ses abjections, ses horreurs, ses complicités passives de chacun, et ses sentiments d’irresponsabilité teintée de fatalisme. De l’enquêteur désabusé et courageux dans le premier roman, on passe à la fin de l’époque à un homme brisé, coincé entre dénazification, espionnage pour le compte des puissances américaines ou russes, prélude à la guerre froide.

  • L’été de Cristal qui se situe en 1936, alors que l’on “nettoie” Berlin en prévision des Jeux Olympiques et que les disparitions deviennent de plus en plus fréquentes, prémisses des activités de l’ordre nouveau qui règne en Allemagne. Bernhard Gunther, ancien membre de la Kripo devenu détective privé, entre donc en scène pour découvrir pourquoi et comment la fille du richissime industriel Hermann Six a été assassinée. Exactions des S.A., enrichissements de petits chefs, l’époque est propice aux méandres nauséabonds dans lesquels Bernie tente de se frayer un chemin.
  • La Pâle Figure voit Heydrich, haut dignitaire nazi, confier une enquête bien particulière à Bernie en Septembre 1938, juste avant l’éclatement que l’on connaît. Il s’agit de débusquer un tueur en série sévissant à Berlin dont les méfaits pourraient bien être utilisés par les Nazis à des fins de propagande anti-juifs. Mais c’est sans compter la pugnacité de Bernie qui va plonger dans les chausses trappes et les luttes intestines du pouvoir nazi, sous fond de psychiatrie moderne balbutiante. Cette trilogie s’achève avec
  • Un Requiem Allemand qui porte bien son nom puisque la guerre a pris fin et l’Allemagne tente de survivre sous le joug des Alliés. Marché noir, espionnage, dénazification, criminels de guerre miraculeusement indemnes ou mieux servant les intérêts américains ou soviétiques, en plus de leurs propres intérêts, tel est le cadre cruellement réaliste et désenchanté de ce dernier roman qui clôture de façon magistrale cette Trilogie. Ce point d’orgue en forme de constat amer est à la mesure du cynisme désabusé dont fait preuve Bernhard Gunther pour cette dernière enquête. Plus qu’un roman noir, très noir, plus qu’un roman historique, cette Trilogie traverse une époque avec une maestria diabolique.

A lire d’une traite !

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