Irezumi

Akimitsu Takagi

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Irezumi signifie en japonais le tatouage intégral arboré comme une œuvre d’art vivante, principalement par les yakuzas de l’époque de l’immédiate après-guerre. C’est l’histoire d’un triple tatouage Orochimaru, Jiraiya et Tsunadehimé, le serpent, la grenouille et la limace, issus de la mythologie japonaise, assortie d’une triple malédiction. Histoire et enquête que je ne vous raconterai pas, mais qui sont très similaires aux enquêtes type Agatha Christie ou Whodunit, ce qui est loin d’être habituellement la tasse de thé du site Polar Hardboiled, que ce soit le thé Darjeeling anglais ou the Matcha japonais.

Le roman vaut surtout et principalement pour la compréhension de cette époque, dans un Japon défait, amer, traumatisé, humilié, meurtri et crépusculaire. Les personnages sont emblématiques de cette atmosphère, avec un jeune enquêteur naïf et juste démobilisé aidé par un vieil ami esprit brillant mais arrogant, un docteur nostalgique du Japon ancestral et collectionneur obsédé de tatouages intégraux et un patron autoritaire et caricatural de la fonction. Les personnages féminins ne sont pas en reste, avec des femmes fatales magnifiquement belles, vénéneuses, intégralement tatouées, objet du désir et de l’asservissement des hommes, mais diablement manipulatrices.

Mais à cette époque, le tatouage intégral était interdit, signe de marginalisation, de nostalgie de la mythologie japonaise meurtrie par la guerre, il permettait de retrouver cette splendeur du Japon ancien sur des œuvres signifiantes encrées sur les peaux nacrées des femmes, qui, une fois tatouées, se retrouvées à jamais déshonorées et écartées de la société, soit prostituées, courtisanes, maitresses secrètes ou officielles. Ce rappel d’un statut social ancien du tatouage éclaire d’un nouveau jour notre époque actuelle où le tatouage fleurit et s’épanouit sur toutes les peaux sociales, sportives, ouvrières, artistiques, comédiennes, voire nobles. Si votre peau encore vierge vous démange ou si vous êtes juste intéressés, allez faire un détour par le dossier Tatouage, du Taulard au Glamour.

Sincèrement, l’enquête en elle-même ne m’a pas franchement marqué ou transporté, mais je ne suis pas adepte des histoires à la Hercule Poirot ou Miss Marple. D’autant que celle-ci a des faux airs de déjà vu, avec le corps de Kinué, femme sublimement belle et tatouée, retrouvé sans tronc dans la salle de bains fermée de l’intérieur, tronc par ailleurs support du tatouage intégral très convoité et que le cheminement vers la résolution de l’énigme m’a semblé plus qu’alambiqué. Un livre agréable à lire pour tout ce contexte japonisant et tatoué, pour une approche nostalgique de l’évolution de certaines mœurs, qui aujourd’hui peuvent paraitre bien désuètes au vu de la société actuelle et du Japon moderne.

L’auteur Akimitsu Takagi, né en 1920 de son vrai nom Takagi Seiichi, est devenu écrivain après avoir consulté une voyante et Irezumi est son premier roman. Il est mort en 1995.

Pour les afficionados du Japon, vous pouvez également jeter un coup d’œil au Polar Japonais.

Six-Quatre