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Châtiments

Châtiments

Val McDermid

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Du talent, Val McDermid en a assurément, des tourments, ses deux héros l’inspecteur Carol Jordan et le profileur Tony Hill, en ont indubitablement. Couple infernal, perturbés à souhait (on le serait à moins), puisqu’ils doivent se coltiner un tueur en série, voire même deux. Un grand pervers, Jacko Vance, arrêté par ces deux-là il y a une petite quinzaine d’années, dans un des premiers romans de la série, La Fureur dans le Sang, choisit de s’évader et évidemment de se venger de ceux qui lui ont gâché les plus belles années qu’il aurait pu consacrer à son principal hobby, la torture d’adolescentes, la jouissance du crime, la cruauté amorale, en un mot le meurtre. Mais on est loin des romans de tueurs en série codifiés, convenus et mécaniques, car Val McDermid s’y entend pour noircir et le tableau et ses deux héros. Carol, forte et autoritaire, responsable d’une unité d’élite de la police, se dévoile, blessée, anéantie, vulnérable, profondément seule et dans l’incapacité totale d’aimer. Tony ne s’en sort pas mieux, communicatif à la limite de l’autisme, insomniaque chronique, miné par un sentiment de culpabilité permanent, impuissant, mais doué d’une formidable intuition et obsédé par la lutte du mal absolu. La machiavélique vengeance de Jacko va d’ailleurs dépassait en horreur et cruauté tout ce que Tony aurait pu (aurait du en tant que profileur) imaginer pour éviter une souffrance au-delà du supportable.

Le suspens concocté par Val McDermid est également à la limite du supportable, nourri par deux enquêtes parallèles, celle sur l’évasion de Jacko et une autre sur un tueur en série de prostituées. Elle nous donne aussi l’occasion de fouiller les personnages secondaires, équipiers de Carol, mère de Tony, tous brossés avec justesse, suffisamment intéressants et profonds pour ajouter à la fascination des deux principaux caractères et faire du livre une gâterie à savourer. La noirceur totale du roman laisse parfois un goût un peu trop acide dans la bouche, comme un malaise de dégout devant tant d’horreur et de mal. Ne surtout pas s’attendre à un happy end, ce n’est pas le genre de la maison. Si vous avez déjà vu un épisode de la série La Fureur dans le Sang (dans les années 2000), vous savez déjà qu’elle ne fait pas dans le confort et le feutré. D’ailleurs, la fin que je vous laisse découvrir, est bien dans cette veine, pour le moins éloignée et des standards et de ce qui aurait été raisonnablement attendu, pour accentuer encore un peu la noirceur, le sentiment de puissance et d’impunité de certains âmes (si tant est que cela fût nécessaire ici).

La Fureur dans le sang (Wire in the Blood), série télévisée britannique sur ITV, créée d’après les romans de Val McDermid a connu son heure de gloire entre 2002 et 2009 et s’est arrêtée après 6 saisons de fureur, de psychologie et de suspense. A noter que l’inspectrice est Carol Jordan pour les saisons 1 à 3 et ensuite Alex Fielding à partir de la saison 4. Seul Tony Hill, restera le profileur attitré pendant toute la série. Pour le plaisir, un petit extrait du premier épisode de la série :

Un extrait de La Fureur dans le Sang, la série britannique

Le Démon
Celui qui a peur du loup