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Oscars et Polars

Le cinéma aime les mauvais garçons

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Paillettes, flashes qui crépitent, tapis rouge, tous les ingrédients d’une bonne soirée des Oscars devront être réunis ce 4 mars 2018 pour décerner les petites statuettes tant convoitées. Le polar a rarement été à l’honneur dans ces soirées, encore que, dans les années fastes 40-50 des romans et films noirs, certaines œuvres sont devenues quasi mythiques avec des comédiens et comédiennes transformées en véritables icônes du septième art. Aussi Hardboiled vous offre des flash-back incontournables pour retrouver les Bogart, les Barbara Stanwyck et autres James Gagney dans des films devenus des classiques, même ceux qui n’ont obtenu aucune statuette, bien que multi-nominés.

Précision

A noter que dans cette sélection toute subjective, j’ai volontairement écarté les films du maître britannique Alfred Hitchcock que j’ai du mal à considérer comme Hardboiled, même si ses films sont souvent très noirs. De plus, les classiques retenus sont majoritairement, pour ne pas dire exclusivement, des films américains des années 40-50, la plus belle période de référence des films et polars Hardboiled. Question de convention ! Je suis sur que vous avez beaucoup d’autres références, des films que je n’ai pas mentionnés, alors contribuez à enrichir cette liste en me contact ici !

Les plus Beaux Oscars du Polar

  • En 1940 Rebecca obtient l’-oscar du meilleur film- pour une histoire adaptée d’un roman de Daphné du Maurier, pas franchement connue comme collègue de travail des Chandler et autres Hammett.
    The Lost Weekend avec un Ray Milland mémorable
    The Lost Weekend avec un Ray Milland mémorable
    Néanmoins, le maître Hitchcock (déjà une première entorse à ma convention) réussit pour son premier film américain, un film assez noir avec pour principal personnage la maison isolée dans laquelle la peur sera irrémédiable.
  • En 1941 Joan Fontaine meilleure comédienne dans Soupçons (Suspicion) d’Alfred Hitchcock (toujours lui).
  • En 1943 Casablanca, meilleur film avec un Bogart pas encore oscarisé (il le sera pour African Queen en 1951). Même si ce film n’est pas à proprement parler un polar, il n’en reste pas moins un classique avec Bogie.
  • Une année 1945 très faste avec Le Poison (The Lost Weekend), meilleur film, meilleur réalisateur pour Billy Wilder et Ray Milland, meilleur acteur dans ce film. Autre film noir cette année-là, Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce) dans lequel Joan Crawford sera sacrée meilleure actrice. Que du beau monde !

Les Nominés mais Oubliés des Oscars

  • En 1931, un véritable ovni du cinéma pour l’époque avec L’Ennemi public (The Public Enemy) de William Wellman où James Cagney campe un gangster qui veut venger son ami. Pour son premier grand rôle, il y donnera toute sa mesure avec une démesure qui confinera à la transe ! James Cagney a été également nominé en 1938 pour Angels with Dirty Faces de Michael Curtiz, film dans lequel deux amis d’enfance vont avoir des destinées croisées et bien dissemblables, l’un deviendra prêtre et l’autre voyou.
    assurance sur la mort
    L'adaptation en 1944 de Assurance sur la Mort de James Mc Cain
    Toujours en 1931, M (M le Maudit) fait le pont entre l’expressionnisme allemand d’avant guerre et le réalisme des films noirs d’après guerre.Et si ce film avait finalement posé définitivement les codes esthétiques du film de genre, repris à profusion et avec plus ou moins de bonheur par tous les réalisateurs américains des polars des années 40 et 50 ?
  • En 1942, l’incontournable The Maltese Falcon (Le Faucon Maltais) est nominé 3 fois mais n’obtient aucune statuette malgré le roman de Dashiell Hammett et la prestation de Sydney Greensteen dans le rôle de Gasper Gutman, sans oublier Peter Lorre (l’ancien M le Maudit). D’accord, je n’ai pas cité Sam Spade, ou plutôt Humphrey Bogart, mais vous l’aurez retenu par vous même. Pour vous, en prime, un extrait de The Maltese Falcon.
  • En 1944, Double Indemnity (Assurance sur la Mort) du toujours vert Billy Wilder avec une Barbara Stanwyck vénéneuse à souhait et à mourir sur une adaptation de James Cain, le spécialiste du genre. Le film sera nominé la bagatelle de 7 fois aux Oscars en 1945 et fera l’objet de pas moins de 4 reprises différentes. Un classique ! Jusqu’en 1981 avec un film qui a jeté les bases du renouveau du genre (style néo-polar) avec Body Heat de Laurence Kasdan. Vous pouvez aller voir un extrait dans le dossier consacré aux Plus beaux Baisers du Polar.
  • En 1945, comment ne pas citer Laura d’Otto Preminger
    Asphalt Jungle de John Houston
    Asphalt Jungle de John Houston
    avec l’inoubliable Gene Tierney, même si le film ne remporte que l’oscar de la meilleure photographie pour Joseph LaShelle, mais est nominé pour le meilleur acteur de second rôle (Clifton Webb), la meilleure réalisation (Otto Preminger), le meilleur scénario et le meilleur décor intérieur noir et blanc. Ce film réussit l’osmose entre un sujet, l’originalité de sa construction, l’équilibre des personnages et la qualité de leur interprétation, servis par les procédés et le travail de la mise en scène et un thème musical devenu un standard du jazz. Certains grincheux pourraient y voire une pâle copie de l’œuvre du maître Hitchcock avec son Rebecca, film primé avec l’oscar du meilleur film en 1940. Masi découvrez Gene Tierney
  • En 1947, The Killers de Robert Siodmak sera nominé 4 fois avec une narration tout en flash-back où l’on voit un Burt Lancaster se faire buter dés le début du film et une Ava Gardner plus belle que jamais. En prime un extrait de The Killers.
  • En 1949, White Heat vaudra une nomination à Virginia Kellogg pour le scénario du film avec un James Cagney déjà oscarisé quelques années auparavant. Il l’a été en 1942 pour son rôle dans Yankee Doodle Dandy (La Parade de la gloire), bien loin de ces rôles habituels de gangsters psychopathes.
  • En 1951, hors de question de passer sous silence le sublimissime Asphalt Jungle, nominé 4 fois pour John Huston, meilleur réalisateur et Sam Jaffe, meilleur acteur. Si vous n’avez pas vu ce film, alors jetez vous sur ce classique. En prime, vous aurez Marylin Monroe dans un tout petit rôle.

Hardboiled est donc heureux de vous en offrir un extrait.

Asphalt Jungle, la scéne de la danse où Sam Jaffe se faire alpaguer par les flics parce qu’il a un peu trop perdu de temps à reluquer une danseuse dans un bar

Toujours la même année, Ace in the Hole de l’omniprésent Billy Wilder sera nominé avec une prestation de Kirk Douglas digne des meilleurs. Le film est plus une fable ironique sur les médias qu’un pur film noir.

Pourquoi n’ont ils rien eu ?

  • En 1932, Scarface d’Howard Hawks avec Paul Muni ne sera même pas cité, mais fera par la suite l’objet d’un remake remarqué de Brian de Palma avec un Al Pacino habité !
  • En 1941, The Big Sleep , d’Howard Hawks avec le couple déjà mythique Bogart/Bacall et à la baguette, un autre couple de la même étoffe, Chandler/Faulkner restera bredouille peut-être à cause d’une intrigue totalement hermétique. Mais ne soyons pas sectaire et retrouvons un extrait du film.
  • En 1946, j’hésite à mentionner Gilda de Charles Vidor, mais juste pour la prestation de Rita Hayworth qui ôte ses longs gants noirs avec une sensualité à faire damner tous les voyous de la terre. Retrouvez cet extrait mémorable dans Les Plus beaux Baisers du Polar.
  • En 1947, Out of the Past, de Jacques Tourneur où Robert Mitchum, dans son premier rôle en vedette dans un film de série A, prête son flegme et son laconisme si singulier à une histoire où le combat entre poids du passé et volonté du présent le dispute au fatalisme inexorable et à la perversité, le tout magnifié par un noir et blanc qui fait de ce film une œuvre fondamentale du film noir.
  • En 1955, sort une perle noire du cinéma, jamais égalée, The Night of the Hunter (la Nuit du Chasseur), seul film du génial Charles Laughton dans lequel Robert Mitchum (encore lui) fait une prestation inoubliable.
    la Nuit du Chasseur, chef d oeuvre ultime
    la Nuit du Chasseur, chef d oeuvre ultime de Charles Laughton
    Toujours en 1955, Du rififi chez les hommes, de Jules Dassin; je sais c’est un film français mais il a été nominé à Cannes (c’est pas Los Angeles, mais quand même et les américains eux-mêmes considèrent Cannes comme la Mecque du cinéma. Et puis, j’ai récemment consacré un dossier à Albert Simonin, Le Chateaubriand de la pègre.
  • En 1956, The Killing, de Stanley Kubrick que je considère comme un modèle du genre avec un Sterling Hayden au sommet de sa forme et sur un scénario d’un pape de la Série Noire, j’ai nommé Lionel White, le Spécialiste des Gros Coups!
  • En 1958, Touch of Evil, du génial Orson Wells, également bredouille avec un Charlton Heston pas spécialement dans son registre habituel mais avec un long plan séquence de prés de 3 minutes 30 en début de film incroyable. Un petit extrait s’impose.

    Le long plan séquence d’ouverture du film réalisé par Orson Welles, Touch of Evil

Et après les années fastes ?

The Killing, le Polar de Stanley Kubrick
The Killing, le Polar de Stanley Kubrick
Après les années fastes 40-50 du film et roman noir Hardboiled, il faudra attendre le début des années 70 avec une vague de très bons films reprenant le flambeau du polar plus ou moins noir.

  • On peut commencé en 1971, avec le très speedé French Connection de William Friedkin qui obtiendra la bagatelle de 3 statuettes, Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur acteur pour Gene Hackman.
  • En 1972, on débute la saga des Parrains, avec le numéro 1, Le Parrain (The Godfather), Meilleur film et Marlon Brando récompensé comme Meilleur acteur.En 1973, on a droit à un superbe film pas si noir que ça mais que je me sens obligé de citer ne serait ce que pour le sujet traité et de quelle façon ! Meilleur film, L’Arnaque (The Sting) réalisé par George Roy Hill oscarisé comme Meilleur réalisateur.En 1974, on a droit à la suite du Parrain avec oscar du Meilleur film, Le Parrain II (The Godfather, Part II) et Francis Ford Coppola pour son premier oscar en tant que réalisateur ! (il en avait déjà eu un comme co-scénariste du Parrain 1 et un autre comme scénariste de Patton en 1970).

Après j’abandonne, car il faudra attendre 2007 pour voir un vrai polar obtenir la récompense suprême, Oscar du Meilleur Film, avec Les Infiltrés d’un certain Martin Scorsese. Et encore s’agit-il d’un remake de la trilogie hongkongaise Infernal Affairs de Andrew Lau. L’anné suivante, coup doucble, avec No Country for Old Men des fréres Cohen en 2008.

En Conclusion

Ironie de l’histoire quand le film noir américain va puiser son inspiration en Asie, 40 ans après son âge d’or.

La boucle est pratiquement bouclée puisque ces mêmes réalisateurs asiatiques revendiquent pour beaucoup des influences de réalisateurs occidentaux comme Melville, Godard et le même Scorsese, comme en témoigne le dossier consacré à un Effet de Mode ou Vrai Renouveau du Film Policier Français. Et oui, les Robert Mitchum, Barbara Stanwick et autres Ava Gardner sont remplacées par les Tony Leung, Gong Li et Maggie Cheung.

Comme quoi, la thématique du polar reste universelle, Les Bons et les Méchants n’ont pas fini de se colleter