Drive de Nicolas Winding Refn

Un Polar onirique et esthétisant

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Un Polar onirique et esthétisant. Action ou rêve, sang qui gicle ou langueur d’un baiser, douceur d’un regard ou fureur d’un coup de poing, le film vous fera savourer et les uns et les autres avec une dextérité diabolique. Tout l’art de ce bijou réside dans l’intelligence du rythme, de la mise en scène qui, même si vous vous attendez à ce qui va arriver, vous surprend encore, vous éblouit toujours, vous séduit sûrement.

Peu importe l’histoire de ce polar (assez convenue d’ailleurs, avec ce ténébreux chauffeur solitaire et surdoué que l’amour d’une belle blonde fait sortir de sa routine habituelle pour se coltiner des mafieux pur jus), ce qui compte ici, c’est l’antagonisme entre les moments de poésie pure et les scènes d’ultra-violence, c’est ce rythme jouant sur les deux registres avec une dextérité diabolique, c’est l’ambiance mêlant avec un bonheur rare, esthétique sublimée par une couleur hésitant entre glamour clinquant des années 80 et douceur des intérieurs chaleureux et une musique jouant des nappes envoûtantes de synthé avec un beat effréné et entraînant. Je comprends mieux maintenant pourquoi le réalisateur Nicolas Winding Refn a obtenu le Prix de la mise en scène à Cannes.

Tout dans ce polar est digne d’intérêt, pour peu que vous preniez la peine de vous y laisser plonger comme un glissement progressif vers un plaisir multiforme. De la première séquence, course poursuite à la sortie d’un braquage qui introduit des plages de silence et de quiétude au milieu du tumulte des bagnoles et hélicos de flics à la dernière scène du film, qui en est le point d’orge. Vivant ou Mort, rêve éveillé ou dure réalité du sang qui coule ?

Les deux scènes emblématiques de cette ambiance sont certainement celle de l’ascenseur et celle du night-club :

  • Dans cet ascenseur la façon dont Ryan Gosling écarte tendrement du bras celle qu’il aime, Carey Mulligan, pour la protéger de la violence imminente est une pure merveille de douceur, de lenteur contenue, d’affection qui n’ont d’égales que le déchaînement de violence insoutenable qui suit et qui démontrera avec une fatale évidence que cette protection était bien vaine au regard des deux visages de celui qu’elle croyait connaître.
  • Dans le night-club, la blondeur des girls, la volupté de leurs seins lourds, leur nudité impassible et festive font écho à la sueur perlant du front de Ryan Gosling, tout occupé à fracasser à coups de marteau, la main (et éventuellement le crane) d’un mafieux récalcitrant.

Quelle Bande Son !

Drive a Real Hero, écrit par College avec Electric Youth qui ponctue le film d’un mélange d’electro et de voix envoûtante pour celui qui est un véritable héros, un super-héros même selon l’acteur et le réalisateur, mais un héros de l’ombre, condamné à l’anonymat.

A l’unisson du film, la musique originale joue de cette dualité avec une coloration très eighties, et un envoûtement assuré tantôt par les nappes de synthé, tantôt par le battement des drums numériques. Pour le plaisir, découvrez deux des morceaux les plus emblématiques:

Nightcall, morceau de l’artiste français Kavinsky publiée en 2010 avec une collaboration de la chanteuse brésilienne Lovefoxxx pour le chant. A noter que le morceau est repris par le groupe London Grammar sur leur album If You Wait sorti depuis en 2013 et à écouter assurément.

Une mention spéciale au casting impeccable avec, un Ryan Gosling qui impose sa silhouette filiforme, légèrement penchée et fragile, ses sourires tendres et lourds de sous-entendus et sa dureté sourde, à Carey Mulligan, pour sa douceur et son sourire lumineux, à Ron Perlman, mafieux sorti tout droit du Casino de Scorcese. Et si ce film ne démontrait tout simplement pas que le polar est juste une histoire de combat intérieur entre nos pulsions les plus noires et notre désir légitime de quiétude, d’amour et de bonheur paisible ?

A noter également que Drive est l’adaptation du livre éponyme de James Sallis dont j’avais déjà dit tout le bien que je pensais des ouvrages que j’avais lus, à savoir Cripple Creek et surtout Bluebottle.

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