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Terry Stewart

Un Frenchie très Américain

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Appeler le plutôt Serge Arcouët ! Eh oui, Terry Stewart, bien français, n’est américain qu’à travers ce pseudonyme qu’il s’est choisi. En 1949, il aura ainsi l’insigne honneur d’être le premier français édité à la Série Noire, avec La Mort et l’ange, un de ses meilleurs titres (Série Noire n°18). Il est également emblématique d’une certaine tendance de l’après guerre qui a conduit certains romanciers français à adopter le modèle américain pour mieux décrire des préoccupations de cette époque.

Il a su très bien recréer un style et une atmosphère dignes des romans noirs américains de l’époque. A ce titre, Terry Stewart (comme un autre français Jean Meckert, publié sous le pseudo de John Amila) s’inscrit dans le droit fil des Hammett, Chandler ou autre McCoy, les tous premiers auteurs publiés dans la Série Noire. On pourrait donc le considérer comme le premier auteur français de “roman noir”, mettant en parallèle ses récits avec le contexte politique et social de l’immédiate après guerre, et avec une dureté et une violence certainement héritée des années “noires” de la guerre.

La Sueur Froide de Terry Stewart
La Sueur Froide de Terry Stewart
Serge Arcouët, alias Terry Stewart, est né à Nantes en 1916 d’un père pianiste de renommée mondiale. Très tôt passionné de bateaux, il étudie à l’école d’hydrographie de la marine. Il fait plusieurs petits boulots, de décorateur à vendeur de journaux en passant par professeur de sténo ou encore fabriquant de jouets. Mais l’écriture finit par avoir raison de lui et il publie un premier roman Cynthia devant la mort, sous le pseudonyme de Terry G. Stewart avec la mention Death Has Many Faces traduit de I’américain par S.G. Arcouët (son vrai nom).

Il récidive en 1948 avec La Mort est dans Ie coup. Ironie de la situation, un critique ira même jusqu’à écrire : McCoy est détrôné.On est convaincu qu’aucun écrivain de chez nous ne pourrait conduire pareil récit avec une aussi sûre maîtrise… Le traducteur, cependant l’a remarquablement transcrit.

En 1949, avec La Mort et l’ange, il devient donc le premier français édité à la Série Noire (n°18). Il s’agit là d’un de ses meilleurs titres, dans lequel, Matt, un agent du FBI, se fait passer pour un gardien de prison pour s’entretenir avec Ben Zweed, condamné à mort qui, sexuellement impuissant, s’est réfugié dans la violence. Celui-ci témoigne de sa vie et de ses crimes avec moult descriptions de meurtres, de passages à tabac et de massacres. Nul ne peut donc nier ses penchants criminels et son statut de psychopathe inconditionnel. Mais cela justifie t’il sa condamnation à mort, d’autant que les desseins de Matt ne sont pas si avouables.

La Belle Vie (publié en 1950) se passe dans une ville industrialisée anonyme et est centré sur le personnage de Mears Conway, syndicaliste élu qui représente des travailleurs pendant une période de grève prolongée. Des scènes d’une dureté incroyable émaillent le livre qui, au travers du contexte social, met en relief les implications d’une action individuelle sur une situation collective. Que deviennent nos convictions profondes face à des choix très personnels. Dans les deux romans, on est loin de l’archétype du privé, personnage central des romans noirs et plus proche de la prédominance des rapports de force. Une lecture plus “politique” de ces livres peut être également envisagée, à l’aune du climat de l’après guerre en France, encore empreinte des lâchetés et renoncements des années Vichy et de la violence de la guerre.

Il publiera au total 5 romans dans la Série Noire, avec en 1953 et 1954, La Soupe à la Grimace, Pas de Vieux Os et La Sueur Froide.

  • L’histoire de la Soupe à la grimace se déroule autour d’un gisement d’uranium, dans une atmosphère étouffante, où les hommes sont devenus des fauves.
  • Pas de vieux os, met en scène Shean Kearny, un ancien boxeur qui a investit son argent dans la boîte de nuit d’un copain. Celui-ci décède et Shean doit alors défendre ses intérêts face à un successeur qui a le soutien d’une police pourrie.
  • Dans la sueur froide, un jeune truand, Ken Yarnell, participe au kidnapping de l’enfant d’un milliardaire..Dans leur fuite, la jeune fillette est tuée par une balle perdue.

Très prolifique à partir de 1953 et jusqu’à 1969, il publie au Fleuve Noir, sous le pseudonyme de Serge Laforest, 35 romans policiers et crée chez le même éditeur une série d’espionnage avec un agent de la CIA, Paul Gaunce.

Il décède le 28 janvier 1983 à Nantes.

  • Pas de vieux Os
  • Cynthia devant la mort
  • La mort est dans le coup
  • La Mort et l’Ange
  • Faut qu’ça saigne
  • Race de chiens !
  • La Morte scandaleuse
  • Je vais mourir ce soir
  • Cet homme va mourir
  • La Belle Vie
  • De la viande à pas cher
  • Une fille pourrie
  • De l’or sur nos carcasses
  • C’est dans la poche
  • À la prochaine
  • Ni fleurs, ni couronnes !
  • Rhapsodie pour les anges noirs
  • La Soupe à la grimace
  • La Sueur froide
Antoine Chainas
Jonathan Kellerman