PolarHardboiled

Stanley Erle Gardner

Perry Mason vous salue bien

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S’il fallait chercher un stakhanoviste de l’écriture dans les pulps, n’allez pas plus loin, vous l’avez trouvé. Stanley Erle Gardner va faire de son héros préféré Perry Mason, avocat comme lui-même l’a été, une vache à lait plus productrice que les meilleures laitières. Il va concevoir ce personnage de série de façon industrielle et méthodique pour produire plus de 130 romans policiers, à raison de 3 par an. Mais heureusement ses talents de conteur conjugués au sérieux de la fabrication de ses romans, feront le succès de cet auteur, l’un des plus lus dans le monde et salué par Raymond Chandler lui-même, qui vantera ses qualités de romancier. Ainsi, il écrira :

Chaque page accroche le lecteur pour la suivante. J’appelle ça une forme de génie. A vous de juger !

Il naît le 17 juillet 1889 à Malden, dans le Massachusets. Rapidement, il se fait embaucher dans un cabinet juridique à Oxnard (Californie) pour taper des comptes rendus de procès et des contrats. Déjà le début de l’alchimie annonciatrice de ses romans, histoires de procès et d’avocats, industrialisation de la méthode. Il en profite donc pour étudier le droit et finit tout naturellement avocat en 1911. Mais, il s’oriente vers des causes à défaut d’être plus ou moins perdues sont néanmoins loin d’être rémunératrices. Aussi, pour vivre il se met à écrire dans les pulps à partir de 1923. Il passe sa jeunesse dans les camps miniers où son père est ingénieur. C’est le début d’une décennie d’histoires policières, d’aventures qui feront de lui l’un des piliers de Black Mask, sous divers pseudonymes. Son premier roman mettant en scène Perry Mason sort en 1933, Perry Mason sur la corde raide et va devenir à la demande de son éditeur un personnage récurrent qui fera de Gardner un écrivain à part entière. Réminiscence de sa période jeunesse travailleuse, il va jouer les stakhanovistes du romans en produisant 82 romans avec l’avocat Perry Mason. Il en viendra même à utiliser dictaphone et pool de secrétaires pour dicter et taper ses histoires, lui laissant ainsi le loisir de profiter de son ranch en Californie. Faut bien vivre !

le générique d’un des premiers épisodes de Perry Mason

Un trio infernal au service d’un schéma simple et pratiquement toujours identique: c’est ce qui a fait la force et la longévité de la série du personnage récurrent Perry Mason avec en prime la dextérité et le savoir-faire de Gardner. Car il faut dire que l’adaptation de ce personnage récurrent a débuté au cinéma dès 1934 avec six films de la Warner, pour se prolonger par des feuilletons radiophoniques dans les années 40 et 50. La série télé débute en 1957 et les derniers épisodes verront le jour à la fin des années 80, avec une interruption dans les années 70. Raymond Burr (ex homme de fer) a popularisé ce personnage avec en prime deux Emmy’s Award pour lui et un pour sa partenaire Barbara Hale, qui jouait sa secrétaire.

Des personnages donc au centre d’un mécanisme implacablement simple et efficace:

  • Un avocat, Perry Mason, œuvrant à Los Angeles, défenseur diaboliquement adroit des causes perdues, coutumier des mises en scène fracassantes et théâtrales pour faire éclater la vérité en plein procès, pour innocenter son client, pour le plus grand bonheur des jurés et accessoirement des téléspectateurs
  • Une secrétaire, Della Street, loyale, dévouée et efficace, de surcroît agréable à regarder, futée et non dépourvue d’un certain bon sens
  • Paul Drake, talentueux détective privé qui se démène pour rassembler les indices et les preuves qui vont permettre à Mason de briller en plein procès. La formule est simple : présentation des protagonistes d’un meurtre, celui qui le commet est connu mais n’est pas celui qui sera jugé, Mason doit défendre un innocent (le plus souvent il s’agit d’une femme) et utilisera toutes les ficelles pour faire acquitter sa cliente. Pendant le déroulement du procès, le détective cherche les preuves et indices de la culpabilité du meurtrier qui sera confondu par Mason en pleine audience du tribunal, de façon la plus théâtrale possible. Happy End oblige, sa cliente sera donc innocentée et le coupable arrêté en plein tribunal. Les épisodes sont construits pour arriver le plus dramatiquement possible à cette apothéose finale. De fait, cette série est moins une série “juridique” (type The Law ou encore The Practice) qu’une série de détective où les efforts pour dénouer l’intrigue et démarquer le coupable sont le cœur de la série. D’ailleurs, il semble parfois que Mason fait juste durer le plaisir pour donner du temps à Paul Drake. Mais la bonhommie de Raymond Burr (du moins pour les derniers épisodes), le charme de Barbara Hale (du moins dans les premiers épisodes) et la ténacité de William Hopper ont fait le succès de cette série. Même après la mort de Raymond Burr en 1993, la série va lui survivre certes sans faire intervenir Mason, mais encore avec ses fidèles serviteurs.

En parallèle avec les Perry Mason, il commettra aussi une série avec le District Attorney (D.A.) Doug Selby qui apparaît dans neuf romans sans rencontrer le même succés que son collégue avocat.

  • La série des Perry Mason comptera la bagatelle de 82 romans et 3 recueils de nouvelles : En vrac, quelques titres (en français), Perry Mason et les griffes de velours, L’Étrange Épouse, Perry Mason et le canari boiteux, La Silhouette sexy, ou encore L’Inquiétante Ingénue.
  • Quelques titres de la série Doug Selby, Echec au meurtre, L’Héritage hasardeux ou La Rosière allumeuse.
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