PolarHardboiled
Lionel White

Lionel White

le spécialiste des gros coups

4 mins read

Ecolo avant la lettre, paresseux déclaré mais très prolifique (plus de 35 romans à son actif), un goût certain pour le suspens, Lionel White aura laissé une marque intéressante dans le Polar Hardboiled. S’attachant aussi bien à la psychologie et la mentalité des personnages qu’à l’action pure et dure des casses et des gros coups, il généralise le style dépouillé et direct propre à ce genre. Mais tous ces gros coups sont systématiquement voués à l’échec à cause de grains de sable imprévus. Emblématique de ce type de roman, son livre En mangeant de l’herbe, a donné lieu à un film sublime et culte, Ultime Razzia du maître Stanley Kubrick, sur une adaptation de Jim Thompson, que des pointures ! Si vous n’avez pas vu Sterling Hayden, colosse aux pieds d’argile, organiser le casse du siècle sur un champ de course, le regard dur et la mâchoire serrée, si vous n’avez pas vibré à la sauvagerie et la rage de la tuerie finale, alors vous ne savez pas ce qu’est la synthèse du film noir des années 50 ! Avec Asphalt Jungle (où sévissait déjà le grand Sterling Hayden) on a deux joyaux du film noir.

the killing de lionel white
The killing de Lionel White
Il est né en 1095 à Buffalo (état de New York) et devient rapidement journaliste à Cleveland. A 30 ans, il est rédacteur à True Magazine et collabore à plusieurs revues policières. Après la guerre de 40, il s’installe à Long Island pour devenir écrivain et surtout pour tenter de se la couler douce. Car la devise du bon Lionel est simple :

Ecrire, c’est la seule façon de gagner sa vie quand on est trop paresseux pour travailler ou trop incompétent pour tenir un emploi !

Evidemment il y a un peu de provocation car il écrira pas mal de bouquins, construira sa maison en bois de ses propres mains et élèvera des chevaux. De plus, il arrive à se renouveler dans un genre qui peut vite tomber dans la répétition. Toujours le gros coup, toujours le grain de sable qui vient faire capoter le fameux dernier casse avant la retraite dorée, toujours le malfrat violent qui tue et se fait tuer pour un dernier dollar.

Mais il a su également mettre ici ou là une pointe d’humanité dans ce monde de brutes, avec des choix généreux de certains de ces voyous, comme sauver un flic (dans Voies détournées), les passagers d’un autobus (dans On vous descend à la Prochaine). Du coup, ces romans ont pu faire le bonheur du cinéma avec des adaptations dont certaines sont restées dans les mémoires. Je ne reviens pas sur Ultime Razzia, troisième et premier film abouti de Stanley Kubrick, adapté de En Mangeant de l’Herbe en 1956 et j’y ajouterai The Big Caper (Un coup Fumant) en 1957, La nuit du Lendemain, d’Hubert Cornfield en 1968 adapté de Rapt. Et pour finir en beauté, comment ne pas signaler Pierrot le Fou, qu’un certain Jean-Luc Godard a réalisé en 1965 en s’inspirant du Démon de Onze Heures (Obsession) de ce cher Lionel White. Tout compte fait, un petit effort pour (re) découvrir Lionel White n’est pas superflu ! Il est mort le 26 décembre 1985.

En bonus, la bande annonce de Ultime Razzia du grand Stanley Kubrick avec un Sterling Hayden du tonnerre :

The Killing de Stanley Kubrick en 1956

Bibliographie non exhaustive évidemment

  • Rapt
  • De quoi se détruire
  • En mangeant de l’herbe
  • Les Voraces
  • Un coup fumant
  • Le Virus
  • Voix détournées
  • Tout ce joli monde
  • Une Vierge passe
  • Le Démon d’onze heures
  • La Sape
  • Fin de soirée
  • La Piste du corbeau
  • On vous descend à la prochaine
  • Cadeau pour un gangster
  • Impair et casse
Progressant avec lenteur, il fendait l’épaule, de à contre-courant, le flot des retardataires qui se ruaient vers les tribunes. Son long visage osseux à l’expression agressive et résolue contrastait avec son gabarit de gringalet et sa carcasse frêle. Marvin Unger se souciait peu de la voix émue et stridente du speaker transmise par les haut-parleurs. Les sens en éveil, guettant tout ce qui se passait autour de lui, il n’avait pas besoin d’écouter cette voix pour être au courant. L’immense clameur des milliers de spectateurs, là-bas sous le soleil brûlant de l’après-midi, le disait assez. Le départ de la quatrième venait d’être donné. Il triturait sans s’en rendre compte sa liasse de tickets au fond de la poche de son veston de toile. Sa tension n’était qu’un réflexe machinal. Seul parmi les quelque cent mille turfistes enragés qui se trouvaient là, il n’éprouva aucune excitation au démarrage des douze pur sang engagés dans la course numéro un de la journée. Il pénétra dans le hall brusquement déserté du Pavillon des turfistes, un mince sourire aux lèvres. De toute façon, il toucherait le gagnant. Il avait misé dix dollars sur chacun des partants.
John Mc Partland
Raoul Whitfield