Qiu Xiaolong
La figure emblématique du Polar Chinois se nomme aujourd'hui
Qiu Xiaolong et

la sortie l'année dernière de son livre
La Danseuse de Mao nous donne une belle illustration de ces romans toniques, ne craignant pas de dégommer l'histoire et mettre en scène le Grand Timonier.
Certes,
Qiu Xiaolong est sino-américain et écrit en anglais et à ce titre peut être sujet à caution, mais les aventures de son
inspecteur Chen, flic poète, traducteur et gourmet, qui apparaît dans six polars nous donne un bon aperçu de la complexité de la société et de la culture chinoise. Comme tout bon polar, on y trouve des personnages très denses, des intrigues biens tournées, des scènes fortes avec un sérieux penchant pour le nourriture (mais qui connaît un peu la Chine sait que la
"bouffe" tient une très grande place dans la culture et la société chinoises et plus généralement asiatique),

une invitation à réfléchir et une analyse sociale et historique sur la Chine d'aujourd'hui. Pas loin d'être la quintessence du polar chinois. A lire également
Mort d'une Héroïne Rouge, (succès couronné d'un Anthony Award du premier roman) histoire d'une
"travailleuse modèle de la Nation" assassinée, mais qui était, en fait, la maîtresse d'un cadre supérieur très amateur de femmes ou encore
Encres de Chine, enquête sur une ex-Garde rouge, condamnée pour dissidence, qui est tuée. Dans
De soie et de Sang, ne rater pas la fin (oserais-je dire la faim) avec un repas du diable à consommer avec circonspection.
Mi Jianxiu
Dans un registre pas très éloigné,
Mi Jianxiu avec ses aventures du
Juge Li

est à découvrir en particulier avec
Lotus et Bouche Cousue, quatrième tome des aventures du juge Li (à ne pas confondre avec le Juge Ti, personnage fétiche de
Robert Van Gulik et auquel on a tendance à penser un peu trop vite quand on parle de roman policier chinois) qui, une fois encore, va quitter Pékin pour se plonger dans les campagnes chinoises où règne le crime. On a droit à un portrait réaliste de la Chine des années 70 et 80 où la stature et la politique du grand
Mao Zedong sont incontournables et où le mélange de traditions, de coutumes, d'histoire et de modernité font le sel de ce récit policier. On y croise meurtriers, camp de rééducation, vengeance et tueurs en série. Comme quoi, le polar chinois n'a pas grand chose à envier à son homologue étasunien. A litre également
Rouge Karma, 2ième enquête du juge Li, confronté à une corruption endémique pour laquelle il vaut mieux faire le nettoyage par le vide. Avec
Bleu Pekin, on monte vers les sommets de l'état avec une lutte politique sans merci. Mais attention, pour certains bien informés,
Mi Jianxiu se cacherait sous la plume de Michel Imbert, son propre traducteur, toulousain et sinologue averti. Décidément en Chine, la ligne droite n'existe pas !
Diane Wei Liang
Côté féminin, les chinoises ne sont pas en reste avec la détective privée
Wang Mei, pionnière

dans le Pékin de la fin des années 90 et personnage principal de l'auteur
Diane Wei Liang. Dans
Le Secret de Big Papa Wu , la jeune femme détective, intègre, solitaire, exigeante, se lance à la recherche d’un sceau de jade ancien volé dans un musée pendant la Révolution culturelle. On ne peut pas parler d'un vrai roman noir, mais plutôt d'un mélange entre roman policier, sentimental et déambulations touristiques dans Beijing. C'est d'ailleurs cette découverte de la bouillonnante et frénétique capitale chinoise qui est intéressante car l’auteur nous fait sillonner en tous sens cette cité démesurée, depuis les vieilles ruelles obscures jusqu'aux quartiers clinquants des nouveaux riches. En cours de route, on assiste au mariage ultra-chic de Lu, la sœur de l’héroïne, avant de visiter l’hôpital où est hospitalisée leur mère. Un lieu où il faut engager sa propre aide-soignante et où tout se paie séparément, surtout les meilleurs soins. A lire donc d'abord pour un aperçu de Beijing.
Zhang Yu
Faut croire

que la corruption est le sujet idéal pour tout auteur de roman policier chinois, puisque c'est encore le thème développé par
Zhang Yu dans
Ripoux à Zhengzhou où 2 policiers sont confrontés au cours de leurs enquêtes mais aussi de leur vies personnelles à la corruption, le pouvoir de l'argent, les gangs. Cruel dilemme qui les fait hésiter, prendre des décisions discutables et qui met en lumières les nouveaux maux de la société chinoise moderne.
He Jiahong
On peut délaisser les flics ou détectives pour retrouver cette fois un avocat,
Maître Hong,

héros récurrent

de
He Jiahong, spécialiste de procédure pénale et de criminalistique, enseignant à l’université du peuple de Pékin. Dans
Crime de Sang l'enquête se situe dans le milieu rural d'une province du nord-est. On évoque les communes populaires, le poids des membres du Parti et la
difficulté de mener une enquête sur cette nomenklatura. En écho à une certaine actualité, on peut lire
Crimes et délits à la Bourse de Pékin où Maître Hong, pour sa quatrième enquête, se voit confier une affaire d’escroquerie en bourse. Avec sa toujours aussi ravissante assistante Song Jia, il se lance dans une enquête palpitante qui mêle sexe, argent, émigration et terrible vengeance.